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Lieu: Nyassia
[Ziguinchor / Ziguinchor]
- Sénégal
Dates:
2024 : 36 mois
Partenaires
Bailleur
AFD Paris
Porteur
Fondem Vincennes
Grdr Montreuil
Budget global:
900.000 €
Contexte:
La Casamance, région du Sénégal isolée géographiquement et qui a pâti d’un conflit indépendantiste récemment pacifié, fait aujourd’hui face à de véritables contraintes de développement. Territoire propice à l’agriculture, le maraîchage s’est développé depuis plusieurs décennies grâce au soutien des autorités nationales sénégalaises et des bailleurs de fonds internationaux. Alors qu’il était à l’origine destiné à l’autoconsommation, le maraîchage est ainsi progressivement devenu une source croissante de revenus pour les populations rurales et particulièrement pour les femmes qui se sont majoritairement organisées en groupements informels. Malgré ce contexte favorable, la filière maraichère reste encore peu développée. Le manque d’organisation de la filière, l’absence de planification, le déficit d’infrastructures modernes (pompage, irrigation, stockage et transformation) ainsi que les effets néfastes directs du changement climatique sur la disponibilité de la ressource en eau et les rendements agricoles (irrégularité de la pluviométrie, salinisation des terres, baisse du niveau des nappes phréatiques) entraînent une incapacité de la filière à répondre aux besoins du territoire en termes de légumes à l’échelon local comme régional. La Casamance reste de fait toujours dépendante des importations agricoles malgré son potentiel. Ce contexte vient accroître l’insécurité alimentaire de la zone, en touchant en premier lieux les personnes les plus vulnérables et notamment les femmes. De plus, la gestion de la ressource en eau, enjeu majeur pour le développement du territoire, se fait parfois aux dépens de l’environnement (surexploitation de la nappe, manque d’infrastructures de stockage et d’exhaure modernes, usage d’énergies fossiles, utilisation non optimisée de la ressource). L’expérience démontre que sa surexploitation peut mener à des remontées d’eau saumâtre qui contaminent alors l’ensemble de la nappe. Celle-ci ne fait pourtant à ce jour l’objet d’aucune mesure de protection particulière d’ampleur. Afin d’accompagner le retour durable des populations dans des villages désertés pendant le précédent conflit, le projet SEMER prévoit de contribuer au développement de la chaine de valeurs maraîchage selon une approche d’adaptation au changement climatique. Le projet se déroulera dans la commune de Nyassia. Commune située à la périphérie de Ziguinchor et transfrontalière à la Guinée-Bissau, sa création fait suite à la récente pacification qui a eu lieu dans la région. Nyassia est représentative de la situation en Casamance : le maraîchage y est artisanal et peu développé alors que la région offre un environnement et un climat favorables au développement de la filière. Un pré-diagnostic réalisé par la Fondem et le Grdr fait état d’un risque faible d’eau saumâtre et d’une équipe municipale, portée par une maire, dynamique et motivée à développer la commune au travers du maraichage (Nyassia compte 23 périmètres maraichers communautaires gérés par des groupements féminins). Par ailleurs, étant traversée par une route départementale qui mène à Ziguinchor, la commune présente un fort potentiel de développement.
Historique:
Au-delà de son expertise dans le domaine de l’énergie solaire ainsi que de son expérience longue de plus de 20 ans en Basse-Casamance, la Fondem a acquis depuis plusieurs années une véritable capacité à accompagner le développement d’acteurs locaux autour de l’usage productif de l’eau en particulier les femmes. Après plusieurs micro-initiatives d’appui au développement du pompage solaire dans la région entre 2 000 et 2010, le projet PANENCA a permis à la Fondem d’explorer les enjeux autour du choix technologique du système d’irrigation en vue d’une optimisation de la consommation en eau (installation de réseaux par goutte à goutte. Le précédent projet PAMELA, cofinancé par l’AFD dans le cadre de la FISONG 2016, a permis à la Fondem de développer son approche d’accompagnement des acteurs locaux en vue de voir émerger des initiatives économiques rurales centrées autour d’un usage économique des ressources eau ou électricité. Ces différents projets ont donné suite au projet ÉGALES (2020 – 2024) intégrant un nouveau volet d’accompagnement : un travail de concertation avec les acteurs locaux autour de la professionnalisation des GPF selon une approche marchée et la gestion intégrée de la ressource en eau. La Fondem a donc acquis une bonne connaissance de la zone et des acteurs, et a développé une expertise dans (i) la structuration d’activités génératrices de revenus, (ii) le dimensionnement des systèmes de pompages et d’irrigation solaire, (iii) la gestion partagée et inclusive des ressources eau et électricité. La Fondem entend utiliser son expérience afin (i) d’accompagner les GPF dans la pérennisation de leur production, à travers l’usage des EnR, et (ii) d’accompagner la mise en place d’un mécanisme de gestion partagée des ressources eau et électricité, suivant une approche reposant notamment sur la tragédie des communs.
Plusieurs relation partenariale nouée et stratégie de renforcement de capacités poursuivie dans le cadre du projet :
- Grdr : L’antenne locale du GRDR basée à Ziguinchor est partenaire du projet. Le GRDR intervient dans la région de la Casamance depuis plusieurs décennies et dispose ainsi d’une connaissance fine des enjeux de terrain. Dès 2020, L’ONG a principalement orienté son action vers le développement économique local (Diembéring, Diassing), le soutien à la mise en place d’accords institutionnels sur la protection des ressources naturelles (Diassing et Kalounayes) et la compréhension des grands enjeux alimentaires dans les centres urbains importants comme celui de Ziguinchor. Au travers de ses expériences (actions de structuration du secteur de la transformation agricole, mise en place de cantines scolaires (dont une à Nyassia) et étude des systèmes alimentaires sur la région de Ziguinchor), le Grdr apportera son expertise sur le renforcement du maillon commercialisation de la chaîne de valeur maraîchage et accompagnera la fédération agricole au développement d’une approche de développement de la filière reposant sur le marché. Cette approche partenariale entre la Fondem et le Grdr permettra de tirer parti des expertises complémentaires des deux structures autour de l’usage de l’eau productive.
- Fédération agricole de Nyassia : la fédération locale existante sera placée au centre du schéma de gouvernance afin de permettre le renforcement durable de ses compétences au niveau de la coordination de la filière locale. Cet acteur local sera sollicité dans l’ensemble du processus d’accompagnement des GPF de la commune, dans les lieux de concertation et de décision du projet ainsi que dans les différentes collectes de données.
- Transversalement, les OSC et autres acteurs locaux, présents dans la zone d’intervention, se verront invités à participer à un renforcement de leurs capacités dans la durée pour, à terme, être en mesure d’intégrer les enjeux d’adaptation au changement climatique dans leurs actions d’appui au développement du maraichage.
- Université de Ziguinchor : études autour de la filière maraichage et appui aux réflexions autour de l’agro-écologie
Objectifs:
L’objectif principal du projet SEMER est d’appuyer le retour des populations de la commune de Nyassia par un développement de la chaîne de valeur maraîchage selon une approche d'adaptation au changement climatique.
L’objectif spécifique de ce projet vise à améliorer durablement les conditions de pratique et les revenus des groupements maraîchers dans la commune tout en assurant une gouvernance locale centrée autour d’une gestion durable des ressources en eau et en électricité.
Description de l'action:
Principales activités prévues :
- Analyse rétrospective technico-économique des expériences passées de soutien au maraichage en Basse Casamance. Cette étude permettra (i) de comprendre le lien entre technologie d’irrigation et profil organisationnel des producteurs ruraux, afin d’assurer une pleine appropriation des systèmes qui seront mis en place par la suite et (ii) d’analyser le coût de production entre pompage solaire et autres solutions (exhaure par énergie fossile).
- Appui à l’acquisition d’infrastructures modernes de pompage d’eau et d'irrigation en reposant sur un modèle de financement innovant. Afin de considérer les GPF de la commune comme de véritables actrices économiques locales, l’initiative permettra au travers d’un mécanisme de financement mixte intégrant les groupements via l’octroi de crédit auprès de structures financières accessibles sur le territoire (La banque Agricole, mécanisme Fansoto, etc.) d’acquérir les infrastructures de pompage et d’irrigation nécessaires au développement du maraichage, adaptés à la ressource en eau disponible ainsi qu’au profil organisationnels des groupements ciblés.
- Construction d’un magasin de stockage et de transformation agricole thermiquement efficace à base de matériaux locaux et respectueux de l’environnement. L’acquisition de ces infrastructures permettra à la fédération agricole locale de coordonner une production maraichère cohérente et basée sur le marché (harmonisation des calendriers de production, réduction des pertes, centralisation des productions, diversification des produits, reprise du contrôle des prix).
- Renforcement des compétences des GPF à la pratique du maraichage selon un approche agro écologique.
Les GPF de la commune seront accompagnés par l’ANCAR au développement de pratiques respectueuses de l’environnement et économes en eau. En vue d’obtenir une pleine appropriation des nouvelles pratiques par les GPF, l’Agence sénégalaise appliquera une approche basée sur la logique des Champs-écoles Paysans (CEP). Ces CEP sont des espaces de coproduction et de partage de connaissances où se développent des actions continues de recherche-action participatives, de démonstration et de formation dans des parcelles.
- Accompagnement de la fédération locale à organiser la commercialisation des productions selon une approche basée sur le marché (ADM). La mise en pratique de l’ADM place les acteurs visés au centre du projet. Pour commencer, les GPF seront amenés à réaliser un listage libre de tous les produits du terroir qui rapportent soit de la nourriture soit de l’argent. A partir de cette liste, l’offre (volume, qualité, prix, productrices concernées) et la demande (volume mobilisable, qualité, prix, fidélité des clients) seront analysées afin de prioriser deux à trois produits les plus porteurs. De cette manière, les productrices obtiendront une vision claire des débouchés de leur production. Par la suite un accompagnement à l’écoulement des productions sera proposé. Les cantines scolaires de la zone, notamment celles accompagnées par le Grdr dans le cadre du projet NIAMDE4, pourront aussi représentées des clients potentiels pour les GPF de la commune.
- Renforcement des capacités des parties prenantes locales sur les enjeux de genre afin d’encourager l’émancipation économique, foncière et politique des femmes. Les capacités des parties prenantes locales (fédération locale et équipe communale) à lutter contre les inégalités de genre seront renforcées afin d’encourager l’émancipation économique et politique des femmes. Un travail de concertation spécifique sur la question foncière sera notamment porté par le projet.
- Accompagnement des acteurs locaux à la mise en place d'un organe local de gouvernance des ressources eau et électricité. Que ce soit pour la ressource en eau ou en électricité, l’approche participative détient un potentiel fort de durabilité. La GIRE (gestion intégrée de la ressource en eau) représente une approche multi-secteur et multi-acteurs. Sa mise en œuvre couvre des aspects techniques (disponibilité de la ressource), de gouvernance (prise en compte de l’ensemble des usages), et juridiques. L’approche participative implique pour son bon fonctionnement une attention à la participation « réelle » et non pas seulement de représentation.
- Solarisation des infrastructures d'exhaure d'eau potable au niveau de la commune. Le projet vise la complémentarité et le renforcement d’initiatives existantes. Ainsi, à travers une solarisation des deux forages existants, SEMER entend appuyer les entités en charge de leur gestion dans révision de leur plan d’affaire (maîtrise des coûts d’exploitation et baisse du tarif de vente de l’eau). La solarisation des pompes permettra aussi de d’optimiser le dimensionnement des capacités d’exhaure des forages et ainsi de préserver la ressource en eau.
- Diffusion des innovations pertinentes du projet et identification de nouvelles zones d'intervention en Casamance en vue d'un changement d'échelle de l’approche élaborée. Dans un objectif de premier pilote intégrant à la fois une approche holistique sur la filière maraichère ainsi qu’une gestion intégrée des ressources eau et électricité, le projet fera l’objet d’une analyse des facteurs permettant une émancipation féminine, une amélioration de la sécurité alimentaire locale et l’autonomisation économique des productrices afin d’envisager la réplication de l’approche à d’autres territoires locaux de la région. Un processus interne d’analyse des succès du projet permettra d’alimenter le processus de concertation régional autour de l’agro-écologie et du développement du maraichage (réseau DyTAEs et Rivières du Sud).
Equipement: spécificités techniques:
-Infrastructures modernes de pompage d’eau et d'irrigation
-Magasin de stockage et de transformation agricole thermiquement efficace à base de matériaux locaux et respectueux de l’environnement
-Solarisation des infrastructures d'exhaure d'eau potable au niveau de la commune
Marqueur genre:
Significatif
Eléments complémentaires:
Le projet comporte quatre caractéristiques principales qui le rendent innovant :
1) SEMER traite la question du développement de la filière maraichère au travers d’une intervention qui se veut holistique : appui au développement de l’ensemble des maillons de la chaine de valeurs (production, stockage, transformation et commercialisation) selon une approche basée sur le marché et prenant en compte la vulnérabilité des ressources.
2) Placés au centre du schéma de mise en œuvre, ce sont bien les acteurs locaux de développement qui porteront sur le terrain l’intervention (équipe communale, fédération locale et services techniques).
3) Le projet favorise la collaboration d’acteurs du développement opérationnels et institutionnels, locaux et nationaux, fortement complémentaires.
4) Le projet intègre l’enjeu climatique par l’angle de la gouvernance partagée et inclusive pour une gestion pérenne de la ressource en eau
Public(s) ciblé(s) :
Directs :
- les membres des 23 groupements maraîchers de la commune, soit plus de 700 femmes, seront accompagnés dans le développement de leur pratique du maraîchage dont 11 GPF seront appuyés dans l’acquisition d’infrastructures modernes de pompage et d’irrigation. La fédération agricole locale
- l’opérateur en charge de la gestion des deux forages de la commune.
Indirects:
- la population de l’arrondissement de Nyassia (commune de Nyassia et de Enampore) soit plus de 15 000 habitants (notamment les cantines scolaires accompagnées par le Grdr);
- l’équipe municipale de Nyassia;
- les acteurs de développement, présents dans la zone d’intervention et intervenant sur la thématique du maraichage au travers du processus de diffusion des succès du projet.
Classement: Sous-secteur d’intervention:
gestion de la ressource en eau Milieu d’intervention:
rural Activité principale du projet:
infrastructure/équipement ,
renforcement des capacités ,
sensibilisation Contexte d’intervention:
espaces communautaires Mode de gestion:
gestion communautaire Source d'énergie:
énergie solaire
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